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Réflexions sur Muharram N°8

août 28, 2020

Lorsque l’année dernière, nous étions en train de pleurer les martyrs de Karbala dans nos mosquées, avions-nous pris le temps d’apprécier cette chance ?

Pour la plupart d’entre nous, probablement pas ! Cela nous semblait acquis : nous avons commémoré la tragédie de Karbala de la même façon, plus ou moins aux mêmes endroits depuis notre naissance, suivant les mêmes rituels, répétant les mêmes choses. A aucun moment nous n’avions imaginé que cela pouvait, un jour, ne plus être possible. Et qui sait ce qui arrivera encore ? Il n’y a plus aucune certitude qui tienne, et tout est à remettre en question.

Je tire, personnellement, plusieurs points importants de cette situation sur lesquels il peut être intéressant de méditer.

1- Apprécier chaque instant !

Chaque instant de notre vie est précieux : aujourd’hui nos amis et notre famille sont éloignés à cause de la paralysie mondiale qu’a créé la COVID. Allons-nous nous revoir un jour? Personne ne le sait ! Ces moments que nous partageons avec nos parents, nos enfants, notre famille et nos amis sont unique : apprécions les à leur juste valeur.

Il y aussi ces moments précieux que nous avons eu la chance de vivre lors du “azaadari” de l’Imam Hussein AS depuis toutes ces années : Se préparer chaque soir pendant 12 jours à aller présenter nos condoléances à Sayyada Fatema SA et à l’Imam du Temps (AJF), voir le sabeel être partagé au son d’une eulogie nous rappelant de la soif de l’Imam Hussein AS à Karbala, écouter le prêche en essayant de retenir le plus de choses possibles, et lorsque vient le moment du “masaeb”, laissez nos coeurs ressentir la douleur de la famille et des compagnons de l’Imam et laisser couler nos larmes. Comment oublier le “maatam” alors que nos nawhas préférés, que nous connaissons par coeur, sont récités ! Puis recevoir enfin le précieux tabarrouk ou se réunir autour d’un niaz.

Cela semble si lointain ! Presque irréel ! Comme un rêve ! Une autre vie peut-être.

Malgré le fait que tout soit différent cette année et que nos habitudes nous manquent, soyons reconnaissant de ce qui nous reste.

Grâce à la technologie, nous pouvons encore écouter les prêches et chaque maison s’est transformée en lieu sacré. Chaque maison est devenue un lieu privilégié où descendent les anges venus pleurer l’Imam Hussein AS.

Lors de la nuit de H. Abbas AS, je me suis demandée : ” Et si je n’avais plus mes bras ?” Comment aurais-je pu faire le maatam-é-Hussein et déclarer à l’Imam mon amour pour lui et la souffrance que je ressens au souvenir de la tragédie dont il a été la victime. Et si je perdais mon ouie ? Comment ferais-je pour entendre son nom sacré et laisser mes yeux exprimer mon amour ? Et si je perdais ma vue ? Comment ferais-je pour désaltérer mes yeux de la vue de son haram même si ce n’est qu’à travers des images ! Si nous avons encore la chance de faire toutes ces choses, nous sommes réellement bénis par la miséricorde divine.

2- L’essentiel est peut-être ailleurs

J’entends beaucoup de personnes autour de moi dire qu’ils n’arrivent pas à pleurer ou encore à faire “maatam” ou encore qu’il n’y a pas de “rohnak”(environnement propice aux pleurs ?), que ce n’est pas pareil, qu’il manque quelque chose et a vrai dire, je le ressentais comme cela aussi .

Sans vouloir juger qui que ce soit car je n’en ai pas le droit, je me pose cette question (à moi-même avant tout) : Le massacre qui a eu lieu est d’une barbarie innommable, et une démonstration de l’oppression d’un gouvernement tyrannique sur une minorité qui ne demandait qu’à sauvegarder les lois divines. Quelles que soient nos habitudes, notre zone de confort… Rendre hommage et pleurer sur l’Imam, sa famille et ses compagnons, et honorer son sacrifice grandiose est-il tributaire de nos petites habitudes ? Notre coeur est-il si petit au moins d’avoir besoin d’autre chose que du nom et du souvenir de l’Imam Hussein AS ? Ou bien (Que Dieu nous en garde) nous réduisons le massacre de Karbala uniquement aux rituels que nous avons créé ? Toutes les communautés ont leurs rituels, qui d’ailleurs diffèrent selon les origines, même s’ils ont tous le même objectif qui est de commémorer Karbala. Il n’y a aucun mal tant que cela reste dans les limites de ce qui est permis et ne ternit pas l’islam. Mais nous devons réalisé que nos rituels sont insignifiant face à la personnalité de l’Imam AS.

Avons-nous besoin de rituels, de rohnak, d’un endroit précis pour aimer nos parents ? nos enfants ? etc…

Ce que j’ai compris cette année, c’est que l’Imam Hussein AS n’a pas besoin de nous pour honorer son sacrifice : Il est honoré jour et nuit depuis son martyr par tous les anges et les créatures de cet univers. En réalité, c’est réellement nous qui avons besoin de l’Imam Hussein AS, c’est nous qui avons besoin de nous rappeler son sacrifice pour raviver nos coeurs, c’est nous qui avons besoin de ce moment de recueillement chaque année pour nous reconnecter avec l’humanité qu’il y en nous.

Entendre le nom d’Al Hussein AS, de H. Abbas AS, de H. Ali Akbar suffit à faire exploser les coeurs de douleurs, à devenir incapable de retenir les larmes, à ressentir le besoin de crier face à une telle injustice. Les coeurs se soulèvent en disant Non ! Non ! Non ! et cela doit avoir pour effet un changement bien précis dans nos propres comportements. (à suivre)

PS : Mes réflexions sont le reflet de ma pensée et n’engagent que moi.