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Réflexions sur Muharram n°6

septembre 9, 2019

Dans sa lettre à son frère Muhammad al Hanafiya, Al Hussain as précise qu’il ne s’est pas soulevé de gaieté de coeur mais pour réformer la Umma de son grand-père le Prophète Muhammad (saw).

Seulement une cinquantaine d’années après la mort du Prophète Muhammad (saw), l’islam avait été complètement déformée par des caliphes usurpateurs tant au niveau jurisprudentiel, qu’au niveau du dogme.

Toutes les valeurs profondes de l’humanité que prône cette religion étaient en train d’être bafouées les unes après les autres.

Muaviyah avait même brisé les clauses du pacte qu’il avait signé avec al-Hassan as, en nommant son fils comme successeur : un homme dépravé.

Voilà pourquoi le petit-fils du Prophète s’est soulevé, pour redonner son visage d’origine à l’islam avant qu’il ne soit trop tard et permettre à cette religion d’arriver jusqu’à nous.

Mais ça nous le savons tous.

Il y a dans ce soulèvement et cette tragédie plusieurs dimensions.

📌 La première est une dimension globale.

Ce soulèvement a permis de préserver l’islam dans sa globalité : une transmission au plus près de ses dogmes, son lot de valeurs, et de sa jurisprudence.

Grâce au choc créé par cette injustice et cette oppression innomable, les musulmans ont réagi et ont pu différencier le vrai du faux. Il était évident que celui qui tue le petit-fils du Prophète d’une façon aussi cruelle (qui a apporté la religion que tu pratique) ne pouvait être sur le droit chemin.

Plusieurs soulèvements contre le régime se sont mis en place après cela. Cela a été un réveil pour les musulmans. Un peu comme lorsque certaines épreuves dans notre vie ou la perte d’etres chers nous fait réaliser ce qui est réellement important et nous permet d’apporter des changements positifs dans notre vie.

📌 La seconde est une dimension intemporelle

Cette dimension là dépasse l’entendement : la transmission de cette tragédie grâce à des rites de commémorations qui se pratiquent de générations en générations depuis 1380 ans (environ 55 générations).

C’est une immense campagne d’information (comme une université mondiale pendant 10 jours) qui se met en place chaque année dans le monde entier pour diffuser le message de al-Hussain et la première à avoir mis cette pratique en place n’est nulle autre que la Dame Zainab (sa), la soeur bien aimée de Al-Hussain qui a été témoin du massacre de Karbala et prisonnière de Yazid.

Il suffit qu’il y ai deux amoureux de al-Hussain au même endroit pour qu’ils se réunissent lors de ces 10 jours pour commémorer cette tragédie comme il se doit : eulogies, prêches, pleurs.

Cette commémoration a lieu sans aucune distinction de langue, de nationalité, de pays. C’est une commémoration à l’échelle du monde chez les musulmans mais aussi chez beaucoup de non-musulmans.

Les évènements de la tragédie sont récités du haut des pupitres et la foule pleure comme si cela venait de se dérouler devant leur yeux. Lorsque vous entendez la façon dont est pleuré Al-Houssain et ses compagnons de martyr, vous vous rendez compte que nous ne pleurons jamais nos proches décédés de cette façon là même au moment de leur décès. Alors qu’y a-t-il dans cette tragédie pour que 1380 ans après, alors que nous commémorons chaque année en relatant la même histoire, nous ressentons la tristesse et le désespoir avec toujours autant de violence ?

Dans l’amour d’Al-Hussain le temps et les différences n’existent pas : son message est universel. C’est un message de liberté et d’humanité.

📌 La troisième est une dimension personnelle

Lorsque le 1er muharram arrive, beaucoup ressentent le besoin de se receuillir, de se retrouver, de faire une pause dans leur routine, et de réfléchir à leurs priorités.

Puis tout au long des 10 jours, prêches après prêches, un désir de changement profond se crée au fond de nous: Un plus grand besoin de spiritualité, Une envie d’être meilleur tout simplement.

Puis larmes après larmes, le coeur se purifie tel un miroir qui s’était encrassé. Maintenant, nous pouvons commencer à voir notre vrai visage après quelques jours.

Nous prenons des décisions, nous faisons des promesses, et nous mettons en place de bonnes habitudes. Et tout cela se passe dans les 10 jours de la commémoration : C’est d’une telle puissance !

Pour certains, cela se ressent comme un tumulte dans le coeur, appelant à l’urgence de se réformer et c’est ainsi qu’années après années, nous essayons de faire un petit pas de plus vers la perfection qui correspond à l’idéal humain : ce pour quoi nous avons été créé.

De par son sacrifice, l’Imam Hussain a non seulement réformer la Umma de son grand-père en son temps mais continue à la réformer chaque année grâce à son souvenir.

Seulement la réforme n’est possible que pour les coeurs qui sont encore réveillés et qui ont compris le vrai message de Karbala au delà des rites de commémoration. Les rites sont un moyen de se réformer et non une finalité en soi.

PS: Mes réflexions sont le reflet de mon opinion et n’engagent que moi.

Crédits Image : https://www.deviantart.com/p-r-o